En réalité, que cherchions nous? Verre après verre ta langue se déliait, ta langue courait sur les routes sinueuses de tes relations sentimentales, de tes rêves et de tes échecs. Que cherchions nous vraiment? A être comme les autres? A nous fondre dans la masse? Avions-nous peur d’être différents? Avions-nous peur de sortir de la norme. Nous aurions sans doute du nous retirer, vivre loin mais vivre heureux. Tes yeux brillaient doucement sous les étoiles cet été là. Maintenant tu n’es plus là. La vie nous a séparés, ou alors nous nous sommes séparés nous-même. Nous avons pris des directions différentes, de plein gré.
Maintenant plus rien n’est comme avant. Ta voix rauque résonne sur la terrasse, dans le silence de cette nouvelle nuit d’été. Un an que tu étais partie, aucune nouvelle, rien. Aucun coup de fil, aucune carte, aucun e-mail. Tu étais devenue un fantôme et tu es réapparue ce soir, fraiche comme une rose, desséchée à l’intérieur. Tu es réapparue sur mon pas de porte, ton sac sur l’épaule et ton sourire en bandoulière. Tes yeux hurlaient la solitude alors je t’ai laissée entrer. Tes yeux. Combien de fois est-ce que j’y avais plongé les miens? Je ne sais pas. Tu sais, ces soirées interminables où l’on rêvait tout haut de choses impossibles, tu sais tous ces rêves inaccessibles. Tu sais toutes ces choses. Aujourd’hui, plus rien n’est comme avant. Tu m’as manqué à m’en arracher le coeur. Alors j’ai jeté l’encre. J’ai jeté l’encre pour éponger ma peine. J’ai rempli des dizaines de feuilles de papier pour m’ancrer ailleurs. J’ai déversé ton absences, mes questions, mes pseudos réponses et mes hésitations sur ces feuilles. Et un jour j’ai arrêté, je m’en suis rendu à l’évidence : tu n’étais plus là et il fallait faire avec.
Je me suis assis en face de toi et je regardais ton doigt jouer avec tes cheveux bouclés. Le soleil les avait encore un peu plus éclaircis, comme s’ils avaient besoin de ça pour resplendir. Te dire que tu m’avais manqué aurait été ridicule face à tout ce que nous avions vécu en 365 jours loin l’un de l’autre. Alors je préférais t’écouter. Et tu avais toujours ce tic, de mordre ta lèvre inférieure quand tu ne trouvais pas tes mots. A l’alcool de l’année précédente tu avais ajouté la cigarette, comme une évidence. Comme une vérité générale, une marche de plus pour devenir comme… Comme tout le monde? Oui, peut-être. Tu riais, tu t’arrêtais, tu hésitais. Tu récitais ta vie et je suivais d’une oreille attentive. L’odeur de sel marin m’irritait mais tu avais l’air bien, blottie entre les coussins sur le fauteuil en rotin. Alors nous sommes restés là jusqu’à la fin de la nuit. Et quand le jour s’est levé tu n’étais plus là. Quelques mégots, un papier de chewing-gum et un bouchon de bouteille. Voilà tout ce qu’il restait de toi, un an et un jour après ton premier départ.
