Je me rappelles que tu m’avais dit n’avoir jamais été aussi heureuse. J’avais pensé naïvement que c’était grâce à moi, simplement. Et puis au fil des jours j’ai compris que non. C’était tombé comme ça, petit à petit. Mais c’était devenu tellement évident qu’il aurait fallu être aveugle pour ne pas s’en rendre compte. Tu rentrais tard, tu partais tôt et le matin le petit mot d’amour avait disparu. Progressivement. Le « Passe une bonne journée mon amour. A ce soir. Je t’aime» avait laissé sa place au simple « je t’aime» puis au glacial « à ce soir» . La première fois j’avais pensé que le petit mot s’était envolé. J’étais si naïf que je ne pensais même pas que tu avais pu ne rien écrire. Je me rappelle que tu coinçais le petit mot sous mon verre de jus d’orange, à gauche du bol Mickey que tu m’avais offert à notre première sortie, à DisneyLand. Et puis le lendemain le petit mot était toujours aux abonnés absent. Alors ce que j’avais nié au plus profond de moi, le petit combat de l’ange et du démon sur chacune de mes épaules avait vu son vainqueur. Lorsque tu es rentrée, un peu trop tard, un peu trop deshabillée et un peu trop ivre tu as cru à une blague de ma part. Tu t’es effondrée sur le canapé, tu avais une mauvaise mine et tu sentais la cigarette. Je me rappelle avoir attrapé les deux coussins bleux pâle du canapé, les avoir passés sous ta tête puis t’avoir bordée. Après celà j’ai passé la nuit à te regarder dormir. Pour m’imprégner une dernière fois de toi ou peut-être simplement pour te donner une seconde chance. De te réveiller et de me hurler que tu étais heureuse avec moi. Malgré ta voix enrouée et tes cheveux en bataille, je ne demandais rien d’autre. A la place j’ai eu droit à ton souffle régulier qui faisait se soulever doucement la couverture. Alors le lendemain je suis parti. J’ai ouvert la porte, posé mes clés dans l’entrée puis ai refermé doucement la porte. La serrure a brisé le silence du matin en émettant un léger bruit, puis tout est redevenu comme avant. Et c’est à partir de ce moment là que tu t’es rendue compte que tu m’aimais, plus que tu ne l’aurais pensé. C’était dans mon absence que tu avais le plus besoin de ma présence, et dans ma présence que tu souhaitais le plus mon absence. Ca n’était pas comme ça que ça marchait. Malheureusement.
